| Dans le chapitre 8, Des copies sans modèles, pages 316-317 de La préhistoire chahutée, j'ai abordé brièvement la question de l'accueil esthétique de Glozel dans un univers des formes bouleversé par la révolution artistique de l'entre-deux-guerres :
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« Mais, en contrepartie, cette étrangeté doit se
faire accepter dans l’univers des formes et s’imposer comme
référence à laquelle on pourra ensuite rapporter
des formes similaires. Ces conditions de réception sont précisément
celles de l’art. Son progrès est souvent l’effet
d’une tension entre académisme et nouveauté : le
nouveau falsifie ; sa répétition académise. Or
la préhistoire émerge sur la scène des formes au
moment où l’art enchaîne les révolutions.
Au cours des décennies qui précèdent la découverte
de Glozel, le public est en même temps confronté à
un art en constant bouleversement et à la révélation
déconcertante des témoins de l’art mobilier et pariétal
préhistorique. Et la même incertitude frappe ce qui peut
encore émerger du sous-sol et ce que peut produire l’imagination
plastique du début de siècle. La nouveauté chasse
la nouveauté sans qu’aient pu se ménager les conditions
d’un académisme. Le misonéisme peut n’être
alors que la recherche de cette quiétude temporaire, de cette
stabilité même provisoire des formes. Et c’est un
même réflexe qui vise à donner de la pérennité
aux productions de l’art et du temps aux classifications de la
préhistoire. 123
Cette confusion est favorisée par le fait que les artistes vont
aussi puiser sans retenue dans ce réservoir de formes nouvelles
livré par l’art préhistorique.
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Ce type d'approche a été adopté par Charles Miller, étudiant anglais en histoire de l'art, qui termine au Courtauld Institute of Art de Londres une thèse de doctorat qui a pour titre : Picasso 1925-1933 : The ambivalent eye.
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Dans L'Intransigeant du 9 août 1928, Jacques Emile Blanche, peintre et critique d'art, écrit à propos des gravures de Glozel : "Les dessins que j'ai vus sont prodigieux. Je ne connais aujourd'hui que deux hommes qui sauraient les faire : Picasso qui a passé toute sa vie à imiter, à copier, à arranger tous les arts avec un génie qui lui est propre, ou, à un autre degré, Bourdelle."
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Or Charles Miller a retrouvé des documents qui montrent tout au contraire que c'est Picasso qui utilise Glozel comme source d'inspiration de ses propres oeuvres. Et il a étendu cette influence aux productions de Miro et Giacometti.
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Après avoir retrouvé à Oxford des publications des années 20 qui lui ont fourni les modèles en question, il s'est rendu fin avril au Musée de Glozel, où il a pu voir de ses yeux les découvertes qu'il ne connaissait jusqu'alors qu'à travers leur publication.
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Nous
attendons avec impatience ses publications sur le sujet. Elles consisteront
dans l'immédiat en un article dans une revue d'art anglaise puis
en 2005 en un passage de sa thèse de doctorat. En attendant,
nous soutenons de tout coeur ses travaux qui, par leur problématique,
ont l'avantage d'ignorer a priori la question de l'authenticité.
Mais ne la retrouveront-ils pas néanmoins? Car force est d'admettre
qu'il est nécessaire que l'univers des formes glozélien
renvoie à un imaginaire puissant pour avoir su s'imposer à
l'imagination d'un artiste comme Picasso... Une fraude a-t-elle un tel
pouvoir esthétique ? |
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